Menu | Contenu | Retour | Actualités | Progression | Rechercher | Pied de page | Accessibilité | Plan du site | Accueil
Retour à l'accueil
Imprimer la page |

C2 - Religion, argent, pouvoirs politiques

Participants : Dominique Briquel ; Michèle Coltelloni‐Trannoy ; Vincent Cuche ; Olivier Delouis ; Korshi Dosoo ; Jean-Luc Fournet ; Michel Kaplan ; Marie-Christine Marcellesi ; Julie Masquelier‐Loorius ; Alice Mouton ; Anne‐Valérie Pont ; Vivien Prigent ; Carole Roche-Hawley ; François-Xavier Romanacce ; Jean‐Marie Salamito ; Mathieu Tillier ; Giusto Traina.

- 1. L’argent, considéré sous toutes ses formes, intervient de différentes manières dans la vie religieuse. Au sens le plus large, celui des anthropologues, il est le moyen d’effectuer un rituel particulier, le paiement. Ce paiement n’est pas forcément un prix, il ne correspond pas toujours à un achat, il ne libère pas immédiatement un échange. L’argent en religion, ou l’offrande, c’est aussi le renoncement à une jouissance immédiate et l’investissement pour un meilleur avenir, le plus souvent dans l’au‐delà.

Cependant, la religion n’échappe pas aux préoccupations économiques. Si l’argent est un moyen, il a pour caractéristique, dans les sociétés préindustrielles, d’être matérialisé. Les lieux de culte – sanctuaires, temples, églises, monastères, mosquées, zaouias – conservent des richesses au point que lieu sacré et dépôt se confondent, comme pour les « trésors » de l’architecture antique. Les dieux, ou le clergé, sont les propriétaires de cet argent et peuvent le recevoir, le prélever, le thésauriser, l’investir, le prêter, selon des règlements plus ou moins stricts. Moyen du paiement, l’argent est aussi une médiation entre liturgie et surnaturel, entre la réalisation pratique du culte et la foi dans son efficacité.

Les deux aspects sont‐ils réconciliables ? L’usage de l’argent, notamment monétaire, entre‐t-il dans une éthique des grandes religions qui marierait les exigences morales aux objectifs commerciaux d’un sanctuaire ou de son clergé ? Cette ambivalence se révèle, ou se résout, par l’analyse de différentes sources littéraires (notamment théologiques), disciplinaires (règlements cultuels, droits religieux ou canoniques), comptables (comptes et inventaires), architecturales (lieux de culte), juridiques, actes de la pratique (documents notariés, actes de waqfs), telles que les préservent les supports de l’épigraphie, la papyrologie, l’archéologie, la numismatique (trouvailles in situ), les archives manuscrites ou les éditions de textes.

Ces questions suscitent de nos jours un intérêt résultant d’une approche nouvelle de l’histoire économique de l’Antiquité et du Moyen‐Âge, sensible d’une part aux processus de monétarisation de l’économie, et de l’autre au fonctionnement de la religion comme fait économique. Un tel sujet, transversal, confié à des spécialistes de différentes disciplines, permettra de procéder à des rapprochements ou de souligner des divergences. Six périodes seront ainsi confrontées : les biens des temples égyptiens et leurs activités économiques avant l’apparition de la monnaie ; les sanctuaires du monde grec et leurs richesses ; l’argent de l’Église de Rome dans les premiers siècles ; l’argent et la morale chrétienne dans l’Antiquité tardive ; l’argent des monastères dans le christianisme médiéval byzantin ; le rôle dans l’économie locale du passage de l’évergétisme civique à la charité chrétienne, puis les développements de ce système caritatif parmi les chrétiens du Califat ; les dotations en biens waqfs des fondations pieuses de l’Islam médiéval.

- 2. Quelques aspects de rencontres spécifiques entre politique et religion, choisis parce qu’encore sous‐étudiés, seront examinés. En Italie, le monde étrusque fournit un bon exemple de société dominée par les procédures religieuses, notamment les rites liés au fonctionnement de la cité, au point d’avoir valu aux Étrusques la réputation d’être, selon Tite‐Live, « les plus religieux des hommes ». Sur ce point les Étrusques ont exercé leur influence sur Rome et ont gardé de ce fait une place persistante dans le fonctionnement religieux de la Res Publica romaine.

Dans le cadre de la cité grecque d’époque romaine, le changement religieux pose problème : la vie institutionnelle et les manifestations de l’idéologie civique sont inséparables de la célébration des dieux traditionnels. Au IIIe s., la question du christianisme dans la cité est en général examinée du point de vue de la morale chrétienne : à quelles conditions un chrétien peut‐il participer à la vie civique ? À Akmonia, à Euménia, à Sebasté, à Apollonia, des épitaphes font connaître les fonctions civiques accomplies par les fidèles juifs et chrétiens. L’enquête recensera les fonctions qu’ils assument et dressera une prosopographie de ces personnages et de leur famille.

Le droit est enfin un lieu essentiel de rencontre entre religions et sociétés et deux études de cas sont proposées. L’inceste prend souvent à Rome la connotation de pratique barbare. Si la législation romaine a réprimé l’inceste chez tous les citoyens, les attaques des chrétiens se sont concentrées essentiellement sur les Perses, en relation avec les opérations militaires contre l’empire sassanide. À partir de ce moment, la législation romaine augmente de manière considérable les interdits réglant les mariages par rapport à la tradition. Ces interventions ont été parfois imputées à l’influence de la pensée chrétienne sur les pratiques matrimoniales de l’empire tardif qui conduit à l’interdiction des mariages consanguins. En définitive, c’est plutôt l’Église qui a repris à son compte le droit romain. L’étude de l’interdit des mariages consanguins et de l’inceste mérite toutefois d’être étendue ; elle donnera lieu à une enquête comparative à travers l’empire romain, le christianisme ancien, Byzance, et l’Islam médiéval.

Les conditions de violation de l’espace sacré seront également examinées en rapport avec le droit protégeant ces édifices : profaner, c’est violer le droit des édifices sacrés, et ce droit – notamment le droit d’asile – est un domaine encore mal étudié dans une perspective transpériodique et interreligieuse. Engager une réflexion sur les bâtiments religieux, leur protection juridique à travers les âges et leurs vicissitudes aux époques de conflit paraît important à une époque qui voit les édifices religieux dégradés ou au contraire revendiqués comme un droit d’expression inaliénable.

Les relations à l’espace ne se limitent pas aux édifices mais concernent aussi les territoires et l’international. Les relations ont pu y être conflictuelles, mais, si la guerre est un universel, la sortie de guerre est aussi digne d’étude et nous examinons les manières de dire ce qui est de l’ordre de la suspension des hostilités : la trêve, l’armistice, la réconciliation ; de la négociation avec l’Autre pour établir un état d’entente avec lui : la conciliation, l’alliance, la concorde, l’accord, la convention ; ou une paix qui sépare : l’arbitrage, le pacte, ou même, qui s’opère dans un rapport de soumission : le tribut, la pacification, le pardon (du prince au rebelle, de l’ami à l’infidèle, de Dieu au pêcheur) : tous ces termes seront notés, dans leurs co-textes et dans leurs contextes.
Ainsi, une des entrées qui nous semble opératoire pour appréhender les relations entre le religieux et le politique, dans l’Antiquité et au Moyen Age, est l’étude du lexique et des formulations évoquant la paix. Cette recherche sur le champ lexical de la paix propose, pour plusieurs épistémès, l’étude du rapport à l’Autre dans les textes religieux comme dans les chroniques historiques.

 
Sorbonne Université
Orient Méditerranée - UMR 8167
Paris Sorbonne Université
Sorbonne Université - Université Paris 1
École Pratique des Hautes Études
Centre Léon Robin sur la pensée antique
Patrimoines et Langages Musicaux
Institut de recherche et d'histoire des textes
Archéologies d'Orient et d'Occident et textes anciens (AOROC) - UMR8546

© Labex Resmed - 2014