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A2 - Paysages et édifices

Responsables : Laïla Nehmé, Dominique Pieri

Participants : François Baratte ; Jean‐Luc Biscop ; Éloïse Brac de la Perrière ; Françoise Briquel‐Chatonnet ; Jean‐Yves Carrez‐Maratray ; Guillaume Charloux ;Alain Desreumaux ; Fabienne Dugast ; Bernard Flusin ; Iwona Gajda ; Jérôme-François Haquet ; Martine Joly ; Michel Kaplan ; Luke Lavan ; Nathalie Lienhard ; Maria-Grazia Masetti-Rouault ; Vincent Michel ; Caroline Michel d’Annoville ; Lorenzo Medini ; Zacharie Mochtari de Pierrepont ; Etleva Nallbani ; Laïla Nehmé ; Annick Peters‐Custot ; Dominique Pieri ; Hélène Renel ; Jérémie Schiettecatte ; Dominique Valbelle ; Jean‐Pierre Van Staëvel.

Selon la définition célèbre de Durkheim, « une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est‐à‐dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent ». Si à cette communauté morale, toutes les sociétés anciennes (ou « primitives ») n’ont pas donné de lieux définitifs où abriter leurs pratiques, c’est en revanche l’une des caractéristiques marquantes des régions autour de la Méditerranée que d’avoir connu, dès les origines, des phénomènes de délimitation de l’espace sacré, mesuré et borné, puis l’édification, souvent au prix d’immenses efforts, de sanctuaires défiant le temps des hommes pour attester du temps des dieux.
Alors, comme par métonymie (celle à laquelle n’échappe pas Durkheim en est l’exemple), l’édifice de la collectivité a endossé son identité, il a imposé sa marque sur un paysage lui aussi converti, avec cette double conséquence : lors des phases de transitions entre religions, les sanctuaires sont au premier rang désignés comme les lieux de l’affrontement et de la violence, alors que leur évolution n’éradique jamais parfaitement les survivances du culte ancien.

Les chercheurs ici réunis sont pour beaucoup des archéologues et des épigraphistes. Leur expertise procède du terrain, où cette problématique guide très souvent leur démarche. Des quatre déclinaisons proposées autour de ce thème, les trois premières juxtaposent des axes géographiques distincts autour d’une même religion tandis que la dernière a pour ambition de les regrouper autour du thème de la conversion, violente ou non, du lieu de culte

- 1. Les cultes monothéistes en Arabie avant l’islam.
On s’interroge sur le degré de pénétration des cultes monothéistes avant que ne se répande l’islam. Ces cultes, particulièrement illustrés par le cas des documents sur Najrân, sont adoptés par les élites et diffusés « par le haut ». Si les textes ne reflètent plus de pratique païenne en Arabie du Sud à partir du Ve s., si les temples païens sont abandonnés, l’archéologie ne révèle à l’inverse quasiment pas de vestige d’église ou de synagogue. Les inscriptions évoquent quelques rares églises/synagogues dans les plus grandes villes. Le cas de al‐Hira au Nord‐Est de l’Arabie (actuellement en Iraq), dont la dynastie se convertit auchristianisme, est singulier mais bien documenté.

- 2. L’espace religieux égyptien et sa frontière.
La pointe orientale du Delta et les forteresses égyptiennes du Sinaï ont été, de la fin du IVe millénaire avant J.‐C. au premier millénaire de notre ère, des espaces de contact et de transmission. Les garnisons frontalières sont des lieux privilégiés pour étudier les pratiques religieuses égyptiennes et étrangères qui s’y côtoient. Les travaux des archéologues attachés au projet dans cette région permettent de suivre l’édification de sanctuaires égyptiens et proche‐orientaux sur les sites d’Héboua I et II, de Tell Abyad, Tell el‐Herr et Tell el‐Farama du début du IIe millénaire av. J.‐C. à la fin du VIe siècle de notre ère.

- 3. L’apparition d’une architecture chrétienne.
Les chrétiens ont eu le choix entre rénovation et adaptation de bâtiments déjà existants ou construction de novo, pour leurs églises et leurs monastères. Ils disposaient de formes architecturales préexistantes qu’ils ont su adapter à leurs besoins liturgiques et aux structures de leurs communautés. Les chercheurs rassemblés travaillent sur des chantiers dans des régions hors des frontières de l’Empire romain, dans l’ancien Empire
sassanide, tout comme dans des régions ayant appartenu à l’Empire romain. Le site de Khirbet Samra/Haditha en Jordanie est exemplaire pour étudier la christianisation du limes arabicus romain. L’apparition de monuments chrétiens dans une ville païenne à l’interface du monde romain et du monde sassanide est illustrée par l’église Mar Yakup de Nisibe en Turquie. Le développement d’un site de pèlerinage célèbre se voit à Saint‐Syméon en Syrie. L’apparition des premiers bâtiments monastiques à la fin du IVe siècle est documentée par l’exemple de Nabgha en Syrie, de Bazyan en Mésopotamie (Kurdistan d’Irak), tandis que le développement de l’architecture chrétienne en Afrique du Nord est abordé par le site d’Haidra en Tunisie.

- 4. Le développement d’espaces sacrés musulmans.
Sur la question des lieux de culte, la dernière religion monothéiste à apparaître en Méditerranée doit affronter les mêmes interrogations que les chrétiens et les Juifs précédemment. On pourra étudier comment les musulmans les résolvent à partir de sites précis qui sont en cours de fouilles ou d’études. La sacralisation des espaces cultuels est étudiée au Yémen au début de l’islam de même que les waqfs, avec leur statut particulier de biens donnés à perpétuité et de façon inaliénable. Les fouilles du site d’Îglîliz dans
l’Anti‐Atlas au Maroc documentent cette communauté de dévots vouée à la réforme, les Almohades, dont l’expansion militaire devait aboutir à la constitution du plus grand empire du Maghreb médiéval. Une base de données des édifices religieux d’Afrique du Nord dans le cadre du projet Maghreb‐Mashreq est d’ailleurs en cours de constitution.

-  5. Les lieux saints chrétiens en terre d’islam.
La Palestine, plus spécialement Jérusalem, ou encore le Sinaï, sont de bons terrains pour étudier la coexistence de religions différentes, pour certaines présentes encore dans le monde contemporain, leur confrontation, éventuellement certains phénomènes de conversion. On se propose de mener une recherche neuve sur la transformation interne du christianisme en terre d’islam. Il ne s’agit pas ici des rapports avec l’islam, mais d’une évolution interne au christianisme lui‐même. Le christianisme impérial, où le triomphe de la Croix semble s’être réalisé historiquement, cède progressivement la place à un christianisme melkite, où la référence à l’Empire chrétien se fait en des termes nouveaux. Cette évolution du christianisme, moins spectaculaire peut‐être que la confrontation avec l’islam, est importante pour la constitution des chrétientés orientales.

- 6. La désaffection ou la conversion de lieux de culte.
On distinguera différentes manières de violer un espace sacré ou de s’attaquer à un édifice religieux : la conversion de l’édifice à un culte nouveau, accompagné de transformations dans l’agencement de l’espace sacré ; l’abandon, signe manifeste de l’impuissance du Dieu des bâtisseurs ; la sécularisation pure et simple, peut‐être le meilleur sacrilège ; et enfin la destruction violente et radicale qui vaut effacement de la mémoire, un phénomène qui se poursuit jusqu’à nos jours. Seront traités plusieurs cas de figure de ces transformations : transformation des sanctuaires égyptiens entre le IIe et le VIIe siècle de notre ère en églises, des temples de l’Antiquité gréco‐romaine en églises, des églises en mosquées, le changement de confession au sein même du christianisme (vers une hérésie ou vers l’orthodoxie, passage d’églises de rite byzantin au rite latin dans les États latins d’Orient ou en Italie du Sud), jusqu’à l’époque contemporaine (temple démembré d’Athribis/Wannîna dont les vestiges sont acquis par Auguste Rodin).

 
Sorbonne Université
Orient Méditerranée - UMR 8167
Paris Sorbonne Université
Sorbonne Université - Université Paris 1
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Patrimoines et Langages Musicaux
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Archéologies d'Orient et d'Occident et textes anciens (AOROC) - UMR8546

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